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Crowdsourcing et traduction : mythe et réalité

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Le crowdsourcing, ou externalisation ouverte ou production participative, est l’utilisation de la créativité, de l’intelligence et du savoir-faire d’un grand nombre de personnes, en sous-traitance, pour réaliser certaines tâches traditionnellement effectuées par un employé ou un entrepreneur.

Crowdsourcing sans contrôleSur le papier, l’idée semble des plus séduisantes et prometteuses en ce qui concerne le domaine de la traduction, souvent considérée uniquement, à tort, comme un centre de coût ou comme une activité pas toujours jugée très stratégique en rapport aux investissements à consentir. Dans ce cas, nul doute que le fait de s’en remettre à des ressources externes, a priori en profusion et gratuites, offre une solution idéale pour couvrir ses besoins à moindres frais et dans des délais rapides. Bref, elle offre une rentabilité imbattable ! De plus, cette tendance s’inscrit parfaitement dans l’air du temps, à l’ère du Web 2.0 et des médias au contenu généré par les utilisateurs. Avec l’essor des communautés en ligne dans nombre de domaines, comment la traduction pourrait ne pas en profiter ? Mais que penser alors de la qualité et de la fiabilité inhérentes au recours à des ressources ni qualifiées ni professionnelles ? Quid aussi de la continuité de service et de la cohérence du contenu ?

Par exemple, un leader mondial sur le marché de la localisation comme Lionbridge ne s’y est pas trompé. D’après lui, « la traduction en crowdsourcing de Lionbridge associe notre savoir-faire en localisation à notre capacité unique à exploiter la puissance de la « crowd » mondiale afin de fournir une traduction rapide et économique avec un point de contact unique, pour une solution simple ». Bref, le nec plus ultra !

Certaines entreprises décident donc d’adopter le crowdsourcing pour traduire leur site Internet, par exemple, et demandent aux internautes leur contribution gratuite.
On peut comprendre qu’un organisme à but non lucratif choisisse de se tourner vers ses membres pour traduire son site Internet : il est tentant d’exploiter les compétences et la bonne volonté d’autrui, surtout lorsqu’on manque de moyens, de temps ou de ressources en interne. Nous pensons bien évidemment à Translators Without Borders et aux travaux de traduction que des contributeurs volontaires effectuent gratuitement, mais il s’agit là d’une œuvre caritative, donc qui s’inscrit parfaitement dans ce cadre.

Dans un autre registre, qui ne se souvient pas de la mésaventure de LinkedIn en 2009, lorsque le célèbre site de réseau social a voulu pratiquer le crowdsourcing pour la traduction de son site Internet. Résultat des courses : une levée de bouclier des traducteurs professionnels présents sur le site. Même le New York Times a relayé cette affaire.

Dans ce cas de figure, le résultat final ne risque-t-il pas de s’avérer de qualité inférieure à celle qui aurait été obtenue par des experts de la traduction, voire d’une qualité médiocre dans l’absolu ?

Toutefois, la qualité importe-t-elle vraiment comme critère premier lorsqu’on adopte cette solution ? Comment appréhender alors ce phénomène et quelle logique économique le justifie ? Comment concilier un impératif de qualité et de cohérence en faisant appel à des contributeurs en très grand nombre, dont les compétences ne font l’objet d’aucun contrôle, d’aucune coordination ? Comment assurer la continuité de service et la cohérence lorsque les ressources utilisées changent au fil du temps et que nul n’harmonise leur travail. Si la traduction constitue un coût jugé superflu, que penser alors de la révision ?

Concept du crowdsourcingDe toute évidence, le crowdsourcing, aussi intéressant que peut paraître son fondement ou principe, ne saurait constituer une solution professionnelle viable. Il permet de répondre de manière économique et pratique aux besoins d’organismes sans connotation commerciale aucune. Mais, il soulève de toute évidence de nombreux doutes et de légitimes interrogations quant à son adéquation à des fins professionnelles.

Rédigé par Christophe Legallais, Directeur du Développement International de 2M Language Services.

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