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La traduction automatique : solution miracle ou cadeau empoisonné ?

L’autre jour, un de mes clients miniers m’a téléphoné et m’a dit : « Tea, j’ai besoin de faire traduire un million de mots du portugais brésilien à l’anglais en quelques jours. Il faut que je sache de quoi il est question. »

Il fut un temps où j’aurais cité les mots de Darryl Kerrigan, joué par Michael Caton dans l’incroyable film australien The Castle. Darryl, connu pour son irréductible désir de gloire, répondait ceci à presque tout et n’importe quoi : « Tu rêves. »

Un million de mots ? En quelques jours ?? Mon client avait-il perdu la tête ? Je ne suis pas magicienne ! Eh bien, vous penserez peut-être que je n’étais pas dans mon état normal, mais je n’ai pas eu l’air surprise. Au lieu de faire référence à Darryl, je lui ai simplement répondu : « Pas de problème ! Fixons une date et au travail ! »

Le texte était une demande d’appels d’offres pour le secteur minier et mon client, une société minière, voulait savoir si une ou plusieurs de ces offres pouvaient l’intéresser. Le temps pressait et autrefois la société serait simplement passée à côté d’une éventuelle opportunité.

La traduction automatique suivie d’une post-édition représentait l’unique solution. C’est la meilleure option lorsqu’un client se retrouve face à un texte volumineux et qu’il s’intéresse essentiellement au sens.

Mais alors, vous faites un copier-coller du texte dans Google Traduction ? Certainement pas ! Pour nos traducteurs professionnels, une utilisation intelligente de la traduction automatique n’a absolument rien à voir avec Google Traduction.

On me demande quotidiennement quelle est la différence entre la traduction automatique et la traduction humaine, c’est pourquoi j’ai décidé de vous donner quelques informations pratiques sur la traduction automatique : de quoi s’agit-il vraiment ? Quand l’utiliser ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ?

Qu’est-ce que la traduction automatique ?

La traduction automatique est une traduction réalisée par un ordinateur. Il s’agit du processus selon lequel un logiciel d’ordinateur est utilisé pour traduire un texte d’une langue naturelle (Par ex. le portugais) à une autre (Par ex. l’anglais).

Pourquoi est-ce si compliqué ?

Lors d’un travail de traduction, humain ou automatique, le sens du texte source doit être transmis dans sa totalité en langue cible, c.-à-d. dans le texte traduit. Attention ! C’est un processus bien plus complexe qu’il n’en a l’air. La traduction n’est pas une simple substitution de mots. Un traducteur doit interpréter et analyser tous les éléments du texte et connaître l’influence des mots les uns sur les autres. Pour ce faire, un savoir approfondi en grammaire, en syntaxe, en sémantique, etc. est requis dans les deux langues de travail, de même qu’une connaissance de chaque région où elles sont parlées.

La traduction automatique : par transfert à base de règles ou par statistiques ?

Le système de traduction automatique par transfert à base de règles est construit à partir d’un nombre infini de règles linguistiques et de dictionnaires bilingues pour chaque paire de langues.

Le système statistique de traduction automatique par statistiques utilise des statistiques de traductions existantes dont les paramètres découlent de l’analyse de corpus monolingues et bilingues. Il est également possible de combiner ces deux systèmes pour obtenir un système hybride de traduction automatique.

Pour nous, la traduction automatique est surtout un outil personnalisé alimenté par des données de haute qualité (Par ex. des millions de mots traduits issus de la terminologie minière) et placé sur un serveur privé.

Quand est-il de la qualité ?

Vous avez certainement entendu parler de la loi du GIGO : « Garbage in, garbage out », selon laquelle l’utilisation de données non-pertinentes conduirait à des erreurs de traduction. Le résultat produit par votre ordinateur sera de la même qualité que celle des données que vous lui aurez communiquées. Pour revenir à notre texte, un million de mots issus du domaine minier traduits préalablement et entrés dans l’ordinateur doivent encore subir un « nettoyage » par ceux qu’on appelle des « post-éditeurs », des traducteurs ou linguistes qualifiés formés à la post-édition.

La qualité du texte produit ne le rend donc pas publiable ?

Comme je le dis toujours : c’est le client qui définit ce qu’il entend par qualité. Pour mon client, la traduction commandée était uniquement à des fins d’information. La première étape consistait en une « production brute de traduction automatique ». Ensuite, il fallait effectuer une recherche de mots-clés afin d’isoler tout appel d’offres significatif. La qualité était suffisante pour procéder à cette recherche. En revanche, le texte demandait des efforts de lecture et ne pouvait donc être publié. Une fois que le peu d’appels d’offres suscitant un intérêt potentiel étaient identifiés, le reste pouvait immédiatement être écarté. Il ne nous restait alors que 8 % du texte à examiner. Ces 80 000 mots devaient être « nettoyés » par nos traducteurs  spécialisés dans le secteur minier, c.-à-d. nos post-éditeurs, afin qu’ils prennent sens. Ce processus est ce qu’on appelle une « post-édition simple ». Bien que le texte produit ne soit pas d’une qualité de publication, il peut être utilisé à des fins d’information.

Que font les personnes en charge de la post-édition ?

Les linguistes qui « nettoient » le produit brut issu de la traduction automatique reçoivent des instructions précises selon le niveau de post-édition demandé. Simple, intermédiaire ou complète, la post-édition peut ne consister qu’en une simple correction terminologique, sans souci du style, de la grammaire et des préférences linguistiques, ou bien en une nouvelle traduction de certains passages. Après une « post-édition simple », les 8% tu texte minier ont montré que seuls deux appels d’offres représentaient un intérêt potentiel. Ces deux passages-là du texte qui comptaient 25 000 mots ont été soumis à une « post-édition complète » puis remis au client pour qu’il puisse en prendre connaissance à temps.

Quels types de textes sont adaptés à la traduction automatique ?

Des entreprises comme Bosch ou Siemens utilisent depuis des années la traduction automatique accompagnée d’une post-édition. Des instructions précises sont données à leurs rédacteurs techniques afin qu’ils produisent des textes adaptés à la traduction automatique en premier lieu : écrire des phrases courtes, être logique et précis (employer les mots à leur sens littéral), éviter les expressions idiomatiques, le langage figuré et les références culturelles, éviter les oublis et respecter strictement les règles de ponctuation.

Dans quel cas la traduction automatique est-elle déconseillée ?

Oui, vous l’avez deviné : la littérature ou les textes rhétoriques en tout genre ne sont pas adaptés à la traduction automatique. Dans le même cas : les textes scientifiques, médicaux et légaux, les documents de marketing et ventes, les textes publicitaires et les documents d’entreprises en général, etc.

Qu’est-ce qu’une machine intelligente ?

La traduction automatique s’améliore au fil du temps, elle représente un investissement sur le long terme. Chaque fois que les post-éditeurs révisent un texte traduit par une machine, les modifications alimentent aussitôt le logiciel de traduction automatique et le reste du document est instantanément corrigé.

Combien ça coûte ?

Le prix dépend de la combinaison de langues, de l’industrie, du volume du texte et du nombre de données, dont les mémoires de traductions précédentes, et des traductions existantes qui sont disponibles. Des frais de souscription pour le logiciel de traduction automatique et pour la post-édition vous seront demandés. Le prix pour 100 mots traduits par un ordinateur varie selon la langue mais il peut ne représenter que 20% du prix d’une traduction humaine traditionnelle. Le réel retour sur investissement n’est pas perçu immédiatement. Cependant, le gain de temps est considérable.

Mais alors, pourquoi ne pas simplement utiliser Google Traduction ? C’est gratuit après tout !

Ce n’est pas tout à fait gratuit si vous branchez votre ordinateur à un module externe pour vous connecter…  Mais là n’est pas le problème. Tout d’abord, Google détient toutes les données qui passent par Google Traduction, et ce au détriment de votre confidentialité. En tant que traducteurs, nous adhérons à un code d’éthique strict qui inclut la confidentialité. Ce principe n’est pas respecté lorsque vous utilisez Google Traduction. Ensuite, il ne s’agit pas d’un logiciel privé personnalisé mais d’un logiciel de traduction général alimenté par des données en tout genre et des modifications non autorisées. De nombreux progrès ont été faits et il est aujourd’hui possible d’obtenir des résultats étonnamment bons dans certaines langues, pour certaines phrases. C’est une option incroyable vers laquelle les particuliers continueront de se tourner à des fins non-professionnelles lorsqu’ils veulent comprendre l’essentiel d’un texte non confidentiel.

Pour en revenir à mon client, eh bien… La traduction automatique était du pain bénit, une solution qui lui permettait de soumettre ses offres à temps. Cependant, la traduction automatique peut rapidement s’avérer être un cadeau empoisonné et vous faire perdre, vous et votre entreprise, toute crédibilité en fournissant un matériel linguistique qui ne tient pas la route.

Grâce à notre adaptation aux nouvelles technologies et aux meilleures pratiques des entreprises internationales, à notre constante innovation et à notre capacité à définir quelle solution est la mieux adaptée pour répondre à vos besoins, je ne cite plus Darryl Kerrigan autant qu’avant…

Vous rêvez ? Plus maintenant ! Il semblerait qu’en ce moment je trouve la solution à tout !

Écrit par Tea C. Dietterich, directrice de 2M Language Services et traduit vers le Français par Léa Perez de l’université de Monash (Melbourne).